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B.D. mensuel octobre 2003 -------------------------------------------------------------------------- Extraits d'une interview réalisée par Jean-Pierre Fuéri ---------------------------------------------------------------------- - Geluck super star ! Non, super sale gamin. À l'expo, on verra des toiles, des sculptures gigantesques. À côté, la construction de la fusée Ariane, c'est de la rigolade ! Et tout ça juste pour des gags, des petites choses volatiles qui ne se prennent pas au sérieux. C'est totalement jubilatoire ! Je vis un rêve éveillé et ça m'enchante. - Vingt ans après, l'inspiration vient toujours aussi facilement ? J'ai de la chance. Je me mets à ma planche à dessin, j'ouvre le robinet et hop !, ça coule à flots ! - Vous censurez-vous parfois ? Heureusement ! Si vous saviez de quoi je ris avec mes amis proches, ce qu'on s'autorise, ah ah ah ! - Par exemple ? N'insistez pas ! Peut-être un jour me lancerai-je dans la publication de ce que je m'interdis de sortir aujourd'hui, ça inspirera tout le monde ! - Pourquoi cette retenue ? « On peut rire de tout, mais pas avec tout le monde » disait le grand Desproges. C'est très juste. Je connais des gens de confiance avec qui je sais que je peux rire sans limites de bon goût ou de morale. Mais un homme public qui dit des choses à la radio ou à la télé, ou publie des images dans le journal, sait qu'il est écouté ou lu par des gens pas palpables, non identifiables. Et tout dérapage peut prendre des proportions énormes. - Vous aimez Desproges, mais aussi Reiser… J'ai dit être davantage ému par un petit dessin de Reiser que par une grande gravure de Gustave Doré. Je persiste ! Je salue l'immense talent du maître, mais il me fait moins vibrer. Il devait travailler trois semaines sur une gravure. Reiser cinq minutes ! Et après il pouvait aller boire des coups. Quand on compare le temps que mon ami Schuiten passe sur ses architectures et celui que je mets à faire un dessin d'humour ! J'ai plus de temps libre pour faire d'autres choses ! - Le mauvais goût, ça existe ? Bien sûr ! C'est montrer à la Une des journaux des photos de gens qui souffrent. C'est l'argent roi à la télévision et ailleurs. C'est faire croire à des jeunes que notoriété égale talent. C'est tout ça le mauvais goût. - Votre famille, c'est Desproges, Reiser et… ? Monty Python, Siné et Frédéric Dard ; Avec Frédéric, nous avions des tas de points communs : l'amour du rire, l'amour de nos femmes, la légèreté et la gravité associées, et une très, très grande sensibilité. Nous avons vécu des moments formidables. On s'est écrit, on s'est vu, on s'est plu. Il me manque, son avis me manque, sa voix me manque, tout de lui me manque. J'y pense quotidiennement. Le Muscadet du Chat est évidemment un hommage au verre de Muscadet de Pinaud, l'adjoint de San-Antonio. Frédéric Dard m'a donné le bonheur absolu d'aimer un homme autant que son œuvre. J'admire Woody Allen, mais je n'oserais jamais le rencontrer, car je crains que nous n'ayons pas grand-chose à nous dire. |