ActifS magazines Janvier-février 2004

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Le Chat s'expose à Paris

Propos recueillis par Sabine Beaucamp

 

Notre Chat a vingt ans

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Qu'il est loin le temps où Philippe Geluck se faisait timidement les griffes dans quelques journaux, avec ses premiers gribouillis et dessins humoristiques. Le papa du Chat était âgé à l'époque de seize, dix-sept ans. Trente-cinq ans plus tard, le gros matou descend et envahit la grande cour vitrée de cet espace parisien prestigieux. Une consécration à l'état pur, une scénographie impressionnante, deux ans de travail acharné, trente-cinq ans de bonheur graphique, un projet pharaonique ! Des toiles monumentales, des sculptures, un mur vidéo, des vitrines et objets surréalistes, un environnement sonore… Tout est fin prêt pour inviter le public à un voyage gigantesque, qui l'emmènera sur les premières traces du Chat, un légendaire mardi 22 mars 1983.

 

Faisons connaissance

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Avant de vous projeter dans le monde imaginaire du sympathique félin, arrêtons-nous un instant sur le parcours et la personnalité du papa. Philippe Geluck, né en 1954, Poursuit depuis 1975 une carrière qui l'emmène de la scène au dessin humoristique. En effet, dès 1979, il anime plusieurs émissions au ton mordant, à la radio et à la télévision belge. Souvenez-vous de « Lollipop », de l'espiègle compagne Malvira, ensuite de « l'Esprit de famille », du « Jeu des dictionnaires », du célèbre Docteur G. De fil en aiguille, il tendit ses premiers appâts dans le quotidien Le Soir, à qui il est toujours resté fidèle. De même, il a publié onze albums de l'illustre félidé chez Casterman, dont le dernier bébé, - son douzième! – vient de paraître, sobrement intitulé « Et vous, Chat va ? »

Depuis septembre 1999, les Français nous l'arrachent et semblent avoir cédé à la Geluckomania. Ne sont-ils pas de plus en plus nombreux à suivre ses tribulations dans « On va s' gêner » et « On a tout essayé », avec Laurent Ruquier sur Europe 1 et France 2, ainsi que dans « Vivement dimanche prochain » avec Michel Drucker sur France 2 également. Même Ardisson, Nagui, Arthur et Canal + France l'ont sollicité. Ce à quoi il a répondu : «  Peut-être un jour, mais je ne peux pas être partout à la fois !  »

L'école nationale des beaux-arts de Paris a honoré deux fois Le Chat. Elle lui a permis de fêter son anniversaire avec les élèves dessinateurs, peintres et sculpteurs

qui avaient eux aussi tout juste 20 ans : un beau cadeau ! « C'est aussi la toute première fois de son histoire » confie Geluck, « que l'ENSBA ouvre ses portes et ses cimaises au cartoon et à la bande dessinée. Notre première envie était de faire la fête avec le visiteur, de le surprendre et enfin de le faire rire ! »

 

Donnons la langue au Chat

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Non seulement, il se fend d'une superbe exposition parisienne qui tournera pendant trois ans dans des villes comme Marseille, Genève, Lyon, Clermont-Ferrand ou Montréal, mais il nous revient plus en forme que jamais et remonté à bloc par son vingtième anniversaire. Il faut quand même avouer que Geluck et son félin vivent leurs années de gloire. Philippe a été décoré Chevalier des Arts et Lettres en France et le Tout Paris ne parle que du Chat !

Philippe Geluck ne cache pas sa joie :  «   Enchanté, je le suis entièrement : cette exposition est chargée d'émotions, de sentiments et de provocations. Naturellement, je pense qu'elle est l'aboutissement de 35 ans de crayonnages, de croquis et esquisses en tout genre. L'émotion ne vient-elle pas de la vérité ? »

Au fond, l'entente est-elle parfaite entre le dessinateur et son modèle ? On pourrait se poser la question ! « C'est vrai que je lui ai déjà fait subir les pires tortures, à ce matou, parfois les pires humiliations », précise Geluck.. « Je l'ai, par exemple, déjà coupé en petits morceaux, haché menu. Mais vous savez, nous nous sommes fixé des limites dès le départ. Il a un caractère très indépendant, ce qui n'est pas fait pour me déplaire. Cependant, en définitive, c'est toujours moi qui ai l'ascendant sur lui. Il n'y a aucun risque de schizophrénie entre nous, je ne lui offre d'ailleurs pas la possibilité de m'envahir. Il est l'instrument, j'en ai la maîtrise, même si je pratique l'autodérision. »

 

L'engagement et Le Chat

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« À maintes reprises, j'ai engagé Le Chat : contre les propos de Jean-Marie Le Pen, pour le désarmement, en soutien à la marche blanche ou à Amnesty International… Il donne son avis caustique sur tout, même s'il n'y est pas invité ! Je dirais qu'il a une sensibilité écologique, anti-mondialiste. Son secret ? Il voudrait être le maître du monde ! »

Comme disait Raymond Devos, Geluck sait raconter une histoire sans être obligé de nous faire un dessin… et il sait aussi nous faire un dessin… qui se passe de commentaire !

 

La vie privée du Chat

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Le Chat reste très réservé sur sa vie privée. Philippe Geluck indique qu'il a pourtant une femme et un fils, lui aussi adepte de la ligne directe en BD. Aurait-il une fâcheuse tendance à la misogynie ? Un court exemple est très révélateur du personnage. Il dit fièrement : «  Chez moi, c'est moi qui passe l'aspirateur… à ma femme ! »

Autre aspect de la carrière du Chat : ses vieux jours… « Dans les pages du catalogue de l'exposition, il est assis sur un banc, dans le jardin d'une maison de retraite pour héros de BD, en compagnie d'un Tintin ventripotent et de Lucky Luke en cow-boy un rien dégarni. Et ça sent bon l'amitié et la complicité. Hé oui, il est comme ça mon félin. »

« Vous savez », poursuit Philippe Geluck , « je suis agréablement surpris du nombre de grands-parents et de petits-enfants qui s'émerveillent tout au long du parcours de l'exposition. Je les entends s'émouvoir, rire, s'interroger. Cela me touche profondément. Je reçois énormément de courrier. Une anecdote : j'ai adoré la lettre de l'une de mes nombreuses « groupies ». À sa lecture, j'imaginais qu'elle sortait de la plume d'une jeune femme. Et bien voici ce que l'épilogue me disait : « Rassurez-vous, je suis une mamie de 75 ans… » Autant vous dire combien ça m'a fait chaud au cœur ! »